Retour sur la 8e édition des journées d’études du LABRRI : explorer les horizons contemporains de l’interculturel

Du 9 au 11 juin 2026, les membres du Laboratoire de recherche en relations interculturelles (LABRRI) se sont réunis à la Station biologique des Laurentides (SBL) de l’Université de Montréal pour la 8e édition des journées d’études du laboratoire. Organisée sous la forme d’une retraite scientifique, cette rencontre a offert un espace privilégié de réflexion collective sur les transformations contemporaines des sociétés pluralistes et sur les défis théoriques, méthodologiques et pratiques auxquels sont confrontées les recherches en relations interculturelles.

Dans un contexte marqué par la diversification des populations, la montée des polarisations sociales, les transformations technologiques et les recompositions des espaces de dialogue, la retraite a permis d’interroger les multiples « horizons » qui traversent aujourd’hui le champ de l’interculturel. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de renouveler les cadres d’analyse afin de saisir la complexité des phénomènes contemporains, tout en réaffirmant l’importance du dialogue entre disciplines, générations de chercheur.euse.s et milieux de pratique.

Marcher, écouter, réfléchir : ouvrir les horizons de la rencontre

Les activités inaugurales ont placé la relation, l’écoute et l’expérience vécue au cœur de la démarche scientifique. À travers une réflexion sur l’anthropologie de la marche et une activité d’écoute intergénérationnelle, Bob W. White a invité les participant.e.s à considérer la marche non seulement comme une pratique corporelle, mais également comme une modalité de connaissance et de rencontre. Ces premières activités ont contribué à instaurer un climat propice à la réflexivité et à rappeler que la production des savoirs en sciences sociales demeure profondément ancrée dans l’expérience relationnelle.

Cette réflexion s’est poursuivie lors de l’ouverture officielle de la journée scientifique avec la présentation La (con)fusion d’horizons… ne pas voir la forêt à cause des arbres. En mobilisant la métaphore de l’horizon, cette intervention a fourni un cadre interprétatif qui a traversé l’ensemble des discussions : comment penser l’interculturel dans un contexte où les repères sociaux, institutionnels et épistémologiques se transforment rapidement ?

Des horizons de recherche pluriels : la contribution de la relève

L’un des moments centraux de la retraite a été consacré aux présentations étudiantes regroupées sous le thème des Horizons de recherche. Les travaux présentés témoignent non seulement de la diversité des objets étudiés au sein du LABRRI, mais également de la vitalité des approches critiques mobilisées par la relève scientifique.

Plusieurs présentations ont porté sur les effets des transformations institutionnelles et sociales sur les trajectoires individuelles et collectives. La communication d’Émilie Tremblay a ainsi proposé une réflexion sur les reconfigurations identitaires vécues par les technologistes médicaux dans le contexte des réformes du système de santé québécois. En mettant en lumière les liens entre changements organisationnels, reconnaissance professionnelle et construction du sens au travail, cette recherche contribue à une meilleure compréhension des processus contemporains de recomposition identitaire au sein des institutions publiques.

La présentation de Sophie Lapointe a quant à elle abordé les enjeux liés à la mise en œuvre de la première stratégie anti-rumeurs au Canada, déployée à Sherbrooke dans le cadre d’un partenariat entre la municipalité et le LABRRI. À travers une démarche de recherche-action collaborative, cette étude interroge les conditions de production du vivre-ensemble en contexte régional et met en évidence l’importance des mécanismes de concertation dans la lutte contre les préjugés, la désinformation et les discriminations.

Les enjeux de justice sociale et d’équité ont également occupé une place importante dans les discussions. La présentation de Yasaman Naserifar a mis en lumière l’impact des barrières linguistiques et des micro-agressions sur l’expérience des soins chez les populations migrantes. En mobilisant des outils de vulgarisation scientifique développés dans le cadre du colloque ComSciCon-QC, cette communication a rappelé que les inégalités de santé se construisent aussi à travers des dynamiques communicationnelles parfois invisibles, mais dont les effets sur l’accès aux soins, la confiance institutionnelle et la relation thérapeutique sont considérables.

Les transformations technologiques contemporaines ont été abordées par Émile Modderman, qui a proposé un état des lieux critique sur l’utilisation de l’intelligence artificielle générative en recherche. En s’appuyant sur des perspectives anthropologiques, sa présentation a soulevé des questions fondamentales concernant les usages scientifiques de ces technologies, leurs implications épistémologiques ainsi que les nouvelles formes de cohabitation entre humains et systèmes algorithmiques dans la production des savoirs.

D’autres communications ont permis d’explorer les rapports entre culture, mémoire et production des imaginaires sociaux. Benjamin Prenoveau a analysé le spectacle au sein de la scène rock alternative montréalaise comme espace rituel de transformation des normes sociales et des expériences collectives, tandis qu’Éloi Angers-Roy a retracé la généalogie des pratiques artistiques communautaires au Québec afin d’interroger les fondements historiques et politiques de la démocratisation culturelle.

Enfin, Samuel Racette a ouvert une réflexion sur la conceptualisation de l’écosystème complotiste québécois. En privilégiant une approche ethnographique et dialogique, sa présentation a mis en évidence la nécessité de développer des outils théoriques permettant de saisir la complexité des phénomènes complotistes contemporains sans réduire ceux-ci à des catégories explicatives simplificatrices.

Repenser les horizons de l’interculturel

Les flash talks consacrés aux horizons de l’interculturel ont prolongé ces réflexions en proposant une interrogation plus explicite des fondements conceptuels du champ.

À partir d’une analogie avec le dessin en perspective, Daniel Côté a proposé de concevoir l’interculturel non pas comme un objectif normatif à atteindre, mais comme un horizon interprétatif permettant d’appréhender les transformations des sociétés contemporaines. Cette réflexion a conduit à revisiter les trois dimensions structurantes des travaux du LABRRI, diversité, dialogue et discrimination, tout en soulignant la nécessité d’identifier les angles morts du champ.

Dans cette même perspective, Isabelle Comtois a interrogé les conditions contemporaines de possibilité de la rencontre interculturelle. Sa communication, intitulée L’épuisement de l’horizon interculturel, a mis en évidence les effets de la polarisation sociale, de la fragmentation des expériences collectives et des différentes formes de fatigue du vivre-ensemble sur les pratiques de dialogue. En s’appuyant notamment sur la notion gadamérienne de « fusion des horizons », cette réflexion a invité les participant.e.s à considérer les limites et les tensions qui traversent aujourd’hui les projets interculturels.

Anthony Grégoire a pour sa part exploré les rapports entre territoire, mémoire et appartenance à travers une analyse ethnomusicologique des récits du conteur Jean-Yves Belley. En montrant comment les pratiques narratives et musicales participent à la construction des imaginaires territoriaux dans Charlevoix, sa présentation a illustré le rôle de la performance dans la médiation entre mémoire collective, transformations sociales et dynamiques interculturelles.

Enfin, Maude Arsenault a présenté les travaux réalisés en collaboration avec la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec visant l’adaptation des outils développés par le LABRRI au contexte de l’employabilité autochtone. Cette démarche a soulevé des questions fondamentales concernant les rapports entre interculturalité, colonialité et discrimination structurelle, tout en rappelant l’importance d’élaborer des outils véritablement situés et coconstruits avec les partenaires concernés.

Une communauté scientifique en dialogue

Au-delà des communications scientifiques, la retraite a également permis d’échanger autour des projets structurants du laboratoire, notamment la Plateforme de recherches et d’études en relations interculturelles (PERRI) ainsi que le programme de jumelage intergénérationnel. Ces discussions ont mis en évidence la volonté du LABRRI de poursuivre le développement d’espaces favorisant la collaboration entre recherche, formation et intervention.

Par la qualité des échanges, la diversité des perspectives mobilisées et l’esprit de collaboration qui a animé l’ensemble des activités, cette 8e édition des journées d’études a confirmé le rôle du LABRRI comme espace privilégié de réflexion critique sur les enjeux interculturels contemporains. Dans un contexte social marqué par l’incertitude et la complexification des rapports sociaux, la retraite a rappelé l’importance de maintenir des lieux de dialogue scientifique capables de penser collectivement les conditions du vivre-ensemble dans les sociétés pluralistes. Au cœur de la forêt laurentienne, cette retraite a rappelé que, tout comme les sentiers parcourus ensemble, les horizons de l’interculturel se dessinent collectivement, au croisement des savoirs, des expériences et du dialogue.

Pour consulter le programme complet de la 8e édition des journées d’études du LABRRI, cliquez ici.

 


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