Maude Arsenault soutient avec excellence sa thèse de doctorat en anthropologie

Le 12 février 2026, Maude Arsenault a brillamment soutenu sa thèse de doctorat en anthropologie et obtenu la mention d’excellence à l’Université de Montréal. Sa soutenance s’est tenue devant un jury composé de Pierre Minn (Université de Montréal, président-rapporteur), Charles Fleury (Université Laval, examinateur externe), Lara Gautier (Université de Montréal, membre du jury), Bob W. White (Université de Montréal, directeur de recherche) et Daniel Côté (Université de Montréal et professionnel chercheur senior à l’IRSST, codirecteur).

Inscrite dans le champ de l’anthropologie médicale critique, sa thèse examine les conditions sociales et structurelles qui produisent la méfiance chez des travailleuses et travailleurs immigrants au Québec engagés dans un processus de réadaptation à la suite d’un accident de travail. S’appuyant sur une ethnographie en milieu clinique combinant observations participantes et entretiens semi-dirigés, Maude Arsenault analyse comment la méfiance façonne les relations entre la patientèle et les spécialistes et thérapeutes de la santé, influençant l’accès aux soins, l’adhésion aux traitements et les trajectoires de retour au travail.

Ancrée dans une perspective critique attentive aux rapports de pouvoir, la recherche considère le travail et la migration à l’ère du capitalisme comme des déterminants centraux de la santé. Elle met en lumière des parcours marqués par la précarité, la surqualification, la stigmatisation et les incompréhensions interculturelles, inscrits dans des logiques institutionnelles fragmentées, immigration, indemnisation, emploi et santé, qui contribuent à alimenter un climat de méfiance. Celle-ci ne se réduit pas à une simple absence de confiance : elle agit plutôt comme un filtre structurant qui infléchit la perception des interactions et complique la construction de relations thérapeutiques significatives.

La thèse explore ainsi l’émergence et les dynamiques de la méfiance chez des travailleurs immigrants confrontés au système québécois de réadaptation. Elle montre comment des expériences de discrimination, de déqualification, de trahison institutionnelle ou encore d’exploitation par les employeurs interagissent pour produire différentes formes et intensités de méfiance. Celle-ci est conceptualisée non pas comme un trait culturel ou une disposition individuelle, mais comme un filtre rationnel et contextuel, façonné par les expériences vécues, les conditions structurelles et les injustices perçues.

En s’inspirant notamment des travaux de Sébastien Schehr et d’une analyse comparative de cas empiriques, Maude Arsenault propose un cadre conceptuel novateur pour penser la méfiance comme un phénomène socialement situé et historiquement enraciné, distinct de la simple absence de confiance. Elle distingue une méfiance sous-jacente, liée à la perception généralisée d’un environnement menaçant, d’une méfiance dirigée, qui constitue une réponse stratégique envers des acteurs et actrices perçus comme potentiellement nuisibles. Son cadre identifie quatre dimensions clés structurant ces évaluations : la précarité, l’accès au soutien, la valeur sociale perçue et la capacité d’agir. L’absence ou la fragilité de ces facteurs favorise l’émergence de la méfiance, tandis que la présence d’un seul élément protecteur fort, comme un soutien social fiable, peut contribuer à en atténuer les effets.

Par sa rigueur ethnographique, sa profondeur théorique et sa contribution originale à l’anthropologie médicale et aux études sur la migration et le travail, cette recherche offre un éclairage essentiel sur les enjeux contemporains de justice sociale et d’équité en santé.

Toutes nos félicitations à Maude Arsenault pour cette thèse remarquable et pour l’obtention de la mention d’excellence.


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