Paru aux Presses de l’Université de Montréal, le livre Les frontières des circulations migratoires africaines, codirigé par Andrea Rea, Mamadou Dimé et Bob W. White, propose une remise en question en profondeur des représentations souvent simplificatrices associées aux migrations africaines. Ce travail collectif, issu d’une collaboration interdisciplinaire et internationale, invite à déplacer le regard : des trajectoires spectaculaires vers l’Europe vers les mobilités ancrées dans les dynamiques sociales, économiques, écologiques et politiques propres au continent africain.
Sortir du cadre eurocentré 
L’imaginaire dominant des migrations africaines reste largement façonné par des récits médiatiques focalisés sur les traversées périlleuses de la Méditerranée, les situations de crise ou encore les discours alarmistes d’extrême droite sur une prétendue « invasion ». Cette focale étroite contribue à entretenir des stéréotypes déshumanisants, tout en invisibilisant l’essentiel : la majorité des mobilités africaines se déploie en Afrique même, souvent entre pays voisins ou au sein d’espaces régionaux.
Or, comme le souligne Bob W. White, anthropologue à l’Université de Montréal, cette lecture biaisée n’est pas anodine. Elle influence les politiques migratoires européennes et nord-américaines, et alimente des perceptions publiques tronquées qui, à leur tour, renforcent les logiques de fermeture et d’exclusion. Le livre plaide ainsi pour une « décentrage du regard », en revalorisant les logiques internes de circulation et les savoirs produits en Afrique, souvent marginalisés dans la recherche académique globale.
Des mobilités plurielles, ancrées et historiques
Le volume met en lumière des formes de migration ancrées dans des traditions de longue durée, bien avant l’époque coloniale. Ces mouvements ne sont pas seulement des réponses à la précarité ou aux conflits, bien qu’ils y participent, mais relèvent aussi d’aspirations individuelles et collectives liées à la recherche d’opportunités économiques, d’un avenir meilleur ou encore d’une mobilité perçue comme une valeur sociale. Les trajectoires migratoires entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, par exemple, sont analysées comme des passerelles de projets complexes, qui ne se réduisent pas à une simple étape vers l’Europe.
Le projet met aussi en exergue l’impact de facteurs écologiques, comme le changement climatique, ou politiques, comme les conflits au Soudan ou en RDC, sur les dynamiques migratoires. Mais il insiste sur le fait que ces réalités ne sauraient être comprises sans une lecture fine des contextes locaux et des parcours de vie des migrants eux-mêmes.
Une recherche ancrée dans la collaboration
L’un des mérites notables de l’ouvrage est sa méthodologie : une véritable recherche « avec » des chercheurs africains, et non « sur » l’Afrique. Cette approche collaborative, souvent plus longue mais plus féconde, permet de dépasser les logiques extraverties de la production de savoirs et de créer un espace de dialogue équitable. Le livre se présente ainsi comme une « rencontre des savoirs », une tentative de faire dialoguer différentes perspectives pour enrichir la compréhension des circulations humaines en Afrique et au-delà.
Une lecture essentielle
Destiné autant aux chercheurs, aux étudiants qu’aux décideurs et au grand public occidental, Les frontières des circulations migratoires africaines est un ouvrage indispensable pour toute personne souhaitant repenser les migrations africaines au-delà des idées reçues. Il offre des outils conceptuels et empiriques pour mieux comprendre un phénomène souvent mal interprété, et participe à une entreprise nécessaire de rehumanisation des mobilités africaines.
Référence de l’ouvrage
Andrea Rea, Mamadou Dimé et Bob W. White (dir.), Les frontières des circulations migratoires africaines, Presses de l’Université de Montréal, 2025, 248 pages.
Consultez le livre sur le site des Presses de l’Université de Montréal : Les frontières des circulations migratoires africaines
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