Compte-rendu de la conférence publique de Dani de Torres


«XENOPHOBIA IN CITIES: THE ‘’ANTI-RUMORS STRATEGY’’ AND THE FIGHT AGAINST RACISM» : Compte-rendu de la conférence publique de Dani de Torres
Atelier du 12 octobre 2017
Salon Orange / Centre Pierre Péladeau / Montréal
Compte-rendu de Pascale Lauzon

Dani de Torres est conseiller expert pour le Conseil de l’Europe dans le cadre de son programme
de Cités interculturelles et directeur du réseau espagnol des villes interculturelles (RECI). En
plus d’une longue expérience dans l’action municipale (Dani faisait partie de l’équipe qui a créé
le renommé Plan interculturel de Barcelone), il est également fondateur d’Antirumours Global,
une organisation à but non lucratif qui se concentre sur l’expansion internationale de la stratégie
anti-rumeurs en tant que méthodologie pour démanteler les préjugés afin de tirer le meilleur parti
de la diversité.

Face à la grande diversification de la population de Barcelone, la ville s’est donné le mandat
d’écouter notamment les citoyens, les écoles, les entreprises et les quartiers afin de voir comment
ces différents acteurs vivent ces changements. La plus grande difficulté recensée, selon les
individus interrogés, était liée aux manques de connaissances de l’autre et aux stéréotypes, ceux-
ci entraînant différentes rumeurs (par exemple : «Les immigrants prennent nos emplois »). Ces
rumeurs ont été autant recensées auprès des différents groupes sociaux et classes sociales
interrogés.

Stratégie anti-rumeurs

La stratégie anti-rumeurs, une politique municipale faisant partie du Plan interculturel de
Barcelone, s’est construite grâce à la collaboration de différents partenaires provenant de
différents milieux (sports, culture, éducation, citoyen, etc.) et voulant faire partie du changement
social. L’intérêt principal de cette politique était de prévenir la discrimination à l’égard des
personnes immigrantes et des minorités visibles en promouvant des interactions positives et en
essayant de réduire les barrières aux interactions, sans toutefois avoir la prétention d’éliminer
toutes les rumeurs présentes dans la ville.

Le plus grand défi lié à cette stratégie vient du fait que les individus vont difficilement
reconnaître leurs préjugés. C’est pourquoi la notion de «rumeur» a été choisie pour commencer à
aborder les préjugés et stéréotypes. En effet, selon Dani de Torres, il fallait favoriser une
approche par la séduction plutôt que de blâmer les individus. Toutefois, il soulève que le danger
d’une telle approche était de renforcer les rumeurs plutôt que de les déconstruire. Le but de la
stratégie anti-rumeurs était donc de sensibiliser et de favoriser la pensée critique des citoyens
dans les villes.

Les principes de l’approche

Parmi les principes les plus importants, de Torres à souligné les éléments suivants : un
engagement politique, la promotion d’un engagement social, la séduction plutôt que le blâme, et
la créativité pour repenser nos façons de faire des politiques publiques. Un autre aspect important
mentionné est que la stratégie anti-rumeurs devait d’abord faire preuve de rigueur en travaillant
sur les préjugés des activistes qui portaient le projet, ceux-ci pouvant parfois sentir qu’ils font
partie de ceux qui n’ont pas de préjugés.

Les principales étapes de la stratégie anti-rumeurs

De Torres a identifié plusieurs étapes pour le développement d’une stratégie anti-rumeurs : 1-les
actions préparatoires, 2- un diagnostique anti-rumeur permettant d’identifier le sujet des
principales rumeurs ayant un impact négatif sur les interactions entre les citoyens, puis de
vérifier l’état des choses sur le terrain à l’aide de données empiriques, 3- la construction d’un
réseau anti-rumeur, 4- la formation d’agents anti-rumeurs dans le but de leur fournir des outils
afin de faire face aux rumeurs, 5- les différentes actions, en faisant attention de ne pas
promouvoir les rumeurs.

Ensuite il a présenté le réseau anti-rumeurs composé de 22 villes et leurs différentes actions
permettant la promotion de la pensée critique. L’originalité des actions était notamment le milieu
dans lequel elles se tenaient. En effet, afin de rejoindre un large public, les intervenants animent
certaines activités dans des pubs ou bien des hôpitaux.

De Torres demeure prudent en ce qui concerne les résultats réels de cette stratégie. Il considère
toutefois qu’elle apporte des éléments intéressants qui indiquent qu’une telle approche aurait des
impacts positifs directs et indirects, telle l’influence de politiques et du discours public. De plus,
un résultat inattendu de cette stratégie se situe dans le changement de la manière dont les
citoyens voient leur ville. Évidemment, un tel changement se fait dans un processus à long terme.

Discussion

Dani de Torres a soulevé que certains groupes travaillant dans une approche anti-raciste ne
s’impliquent pas dans le réseau anti-rumeurs puisqu’ils considèrent qu’elle représente une
approche trop douce pour combattre le racisme et la xénophobie. En ce sens, il soutient que cette
stratégie est un outil parmi d’autres permettant de réunir différents acteurs autour de la question
de la xénophobie et de la discrimination.

Il a également souligné que la stratégie anti-rumeurs n’est pas une campagne de communication.
En ce sens, il explique que le but de la mesure n’est pas de définir ce qui est vrai et faux, et qu’au
final, il s’agit d’un processus d’empowerment afin de trouver des façons pour que les citoyens
s’écoutent, interagissent entre eux et créent un dialogue.

Selon lui, il ne s’agit pas d’une révolution dans le combat contre le racisme et la xénophobie,
mais plutôt un outil afin de partager les savoir-faire d’un large réseau novateur qui tente de
limiter la propagation et l’impact de préjugés.

Une des forces de cette approche est de permettre une discussion plus calme et un contrôle des
émotions quand vient le temps d’aborder des sujets sensibles liés à des préjugés. En effet, une
mesure qui fonctionne bien permettra aux mêmes individus de se reparler d’un même sujet
sensible. Selon De Torres, cet outil constitue une piste permettant possiblement de réduire les
préjugés non seulement sur les nouveaux arrivants et les minorités racisées, mais de façon plus
large sur la pauvreté et d’autres problèmes d’exclusion sociale dans les villes.

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Parution prochaine du livre “Intercultural Cities: Policy and Practice for a New Era”

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En octobre 2017 paraîtra, aux éditions Palgrave-Macmillan, le livre “Intercultural Cities: Policy and Practice for a New Era” édité par Bob W. White.

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